La scribouillarde

Au fil du texte et des images

L'esquisse d'une fibre littéraire s'est dessinée il y a bien longtemps 
dans un sillon de ma petite tête. Des centaines de pages écrites 
à la mano et moultes réécritures plus tard et voici les premières 
pages d'un roman: LE CHOIX DES ROIS.

Pour résumer voici l'histoire de Catherine, une humaine des plus banales qui se réveille soudain en terre inconnue. Pour pimenter 
la chose (ou peut-être pour ne pas montrer mes lacunes en géographie) cette terre n'est pas la notre. Elle va devoir se fondre 
dans ce nouveau moule et surtout s'habituer à des êtres et des coutumes parfois bien éloignées de notre quotidien terrestre. 

C'est cette confrontation et l'immuable talent des humains 
à s'adapter à tout, que je souhaite développer tout en plongeant 
dans un univers ni tout a fait connu ni tout à fait inconnu
qu'est l'héroïc fantaisy.

Mettre ce roman à votre disposition, c'est faire appel à votre sens critique pour l'améliorer et éviter les pièges que l'enfermement face 
à son œuvre peut provoquer.

J'espère que cette histoire vous captivera, j'essaye de mettre tout en œuvre pour en espérant que le mot "FIN" sera le début d'une nouvelle histoire, celle d'une publication papier ou du début d'un nouveau roman (encore plus mieux!!)

Enfin ce sera l'occasion de rechercher une couverture, j'en publierais parfois mais vous invite à participer si ça vous dit, mon ego est assez modeste pour reconnaître quand quelqu'un fait mieux que moi et chacun pourra les commenter. 

alors à vos stylets et bonne lecture au fil de l'écriture !!

>> je me verrais parfois obligée de couper les chapitres pour qu'ils tiennent dans le message, les archives vous permettront de vous y retouver (j'espère sans trop d'ennuis) et si quelqu'un à une solution plus efficace, je suis preneuse pour le bien de tous.

vendredi 9 mai 2008

Nouveaux Repérages

Bazart nous donne à découvrir des artistes, je me fais le relais de mes best of
Après Yolanda Martin voici:
 >> Mass (à voir en entier, c'est super, et ça illustre parfaitement les sensations de "tordage" de bras que j'ai moi-même vécu en jouant du violon)



lundi 5 mai 2008

chapitre 3 part 8

Le réveil fut plus que brutal. Je sentis l’air s’échapper de ma cachette tandis qu’on la faisait voler au loin. Sar me foudroyait du regard. A ses côtés Cétos, le sourire aux lèvres et trois autres individus à la fois intrigués et méfiant face à la pauvre chose qui traînait au sol.

- Que faites-vous là ?

La question me parut stupide et je n’y répondais pas. C’était à moi de les foudroyer. Je m’assis par terre, peu encline à m’élever à leur niveau.

- Dis donc, elle a rien d’une humaine ! Enfin si, peut-être les cheveux.

Je levais la tête pour observer celui qui se fichait ouvertement de moi. Il ressemblait à Sar, avec des cheveux en lamelles noires, mais plus longues et des yeux noirs autour de sa pupille blanche.

- Viens là ma belle.

Il évita de justesse un coup de griffes humaines en tentant de s’approcher.

- Ça suffit ! Intima Sar. Levez-vous.

- Je ne bougerais pas d’ici. J’ai assez morflé comme ça. C’est bon, laissez- moi tranquille.

- Ha oui là tout de suite on retrouve certaines de leurs caractéristiques. Ajouta l’autre.

Sar et moi, nous combattions en silence. Ce serait à celui qui dégainerait le plus vite, une réplique cinglante. Seulement j’avais oublié trop vite ses amis.

Une chose moite se colla à ma main. Je regardais et envoyais valser la chose dans un réflexe de dégoût et de peur. La bestiole sauta de ma main et atterrit derrière Sar. Le temps d’un battement de paupière est passa d’une hauteur de quelques centimètres à celle d’un ado de 15 ou 16 ans.

- Rapide !

Il devais s’agir d’un gamin. Il était recouvert d’écailles visqueuses et époussetait la terre qui s’était collée à lui lorsque je l’avais balancé au loin. Il était d’un bleu nuit, chauve avec des yeux oiseau, noir et bleu turquoise.

- Laissez-moi ! LAISSEZ-MOI ! Hurlais-je en serrant les poings.

Je battis l’air comme s’il s’agit de simples mouches et ils reculèrent d’un pas.

- Laissez-moi…

Mes bras retombèrent dans le désespoir et l’abandon. Ils ne me laisseront donc jamais en paix ?! Je veux juste que vous partiez. Laissez-moi tranquille. S’il vous plait.

Les yeux baissés sur mon corps dénudé à nouveau, par mon agitation, je remarquais sans y prêter attention qu’un épais trait noir serpentait le long de mon bras gauche, un autre rouge courrait de ma main à mon cou par le bras droit. Grattant avec le pouce, je constatais que ça ne partait pas et songeais simplement que je voulais un bain et un repas chaud. C’est tout ce que je voulais à cet instant.

- Venez avec nous. Il ne vous sera fait aucun mal.

Une longue main se déploya pâle et noire devant moi. Il lui manquait deux doigts. L’emplacement des deux doigts manquants (l’index et l’auriculaire) était marqué comme le haut d’une cerise à qui l’on a ôté la queue, en des cercles plus clairs. Je levais la tête et restais longtemps à contempler le visage à qui appartenait cette main mutilée qui se voulait rassurante. L’être face à moi avait un visage pointu et totalement imberbe. Ses yeux enfoncés sous une longue arcade, me fixaient sans m’agresser ni même me juger, mais ce qu’il avait de plus particulier c’était la forme de son crâne. Celui-ci se prolongeait depuis le front en une longue pointe courbée vers le sol. De profil son visage et son crâne formaient un parfait croissant de lune en ébène poli luisant à la lumière, oscillant entre noirs et bruns.

J’ignore pourquoi mais je sus que je pouvais lui faire confiance. J’ai regardé une dernière fois les quatre autres qui ne bougeaient ni ne disaient plus rien puis j’ai placé le sphire sous mes fesses et ramener les genoux vers ma poitrine en gardant une main sur le drap et en plaçant l’autre encore tremblante dans celle qui m’attendait encore ouverte devant moi.

Les larmes coulaient le long de mes joues. Cet fois, je venais de rendre les armes définitivement. Ma vie était entre leur main pour le temps qu’il me faudrait tenir ici.

Nous sommes arrivés à l’auberge. Je reculais nerveusement lorsque le gorille fit un geste dans notre direction. Je sentis la main mutilée se poser sur mon dos avec douceur. Relevant la tête, le croissant de lune bascula doucement en avant pour m’enjoindre de poursuivre sans crainte. J’acceptai d’avancer, mais non sans trembler.

Nous regagnâmes l’étage. Ka se retourna et me fit l’un de ses sourires apaisants et sereins.

- Je vous ai apporté de nouvelles affaires. Il y a de l’eau ici pour vous laver. Elle tendit le bras vers une bassine à côté de ma paillasse. Je vais préparer de quoi changer vos bandages en attendant.

Elle se pencha vers moi et massa ma tempe.

- Le dataline semble être resté en place malgré tout.

Je passais la main sur ma tempe et sentis le patch qu’elle m’avait collée à mon arrivée. Je savais pas trop à quoi ça servais. Elle avait évoqué un traducteur. Je ne voyais pas comme un patch autocollant pouvait jouer sur ma compréhension de langues, en revanche l’idée qu’il puisse s’agir d’une sorte d’émetteur pour savoir où j’étais semblait beaucoup plus certain. Penser à retirer ce truc si je décide, à nouveau de leur fausser compagnie.

Dans mon dos, la main m’incita à avancer. Je rejoins la bassine tandis que la chambre se vidait de ses occupants. Je restai un moment seule, le regard dans le vide, les pensées trop empêtrées, pour être réfléchies. Lorsque le silence et le calme revinrent en moi, je repris le cours du présent. Le drap me servit de gant et de serviette car rien d’autre qu’une bassine  trop petite pour que je m’y plonge n’accompagnait l’eau claire. Malgré mes efforts, amoindri par le manque de nourriture qui commençait à m’affaiblir fortement, les marques sur mes bras, qui s’étendaient également sous ma gorge, ne partirent pas. Ça ne ressemblait pas à une allergie, mais je ne voyais pas ce qui avait pu me marquer ainsi la peau. J’étais bien trop lasse cependant pour songer à m’y acharner et j’enfilais la tenue que Ka m’avait ramenée. C’était une longue combinaison noire attachée par des liens dans le dos qu’il m’était impossible de nouer seule. C’était le genre babygro pour veuve. Toujours pratique quand on a des envies pressantes, mais bon au moins je n’avais plus les fesses à l’air. 

Ka revint bientôt avec un saladier dans les mains rempli d’une sorte de décoction de plantes. Elle le posa par terre et attacha les derniers liens dans mon dos avant de me demander de m’asseoir. J’avais lavé ce qui fut un jour deux pieds et qui n’étaient plus que deux amas de chair boursouflée. Leur vue m’horrifiait autant qu’un chat écrasé au milieu de la route.

- Tenez ça.

Elle me tendit deux battons de bois. Un pour chaque main. Je ne comprenais à quoi cela pouvait bien servir mais elle ajouta :

- Ça risque d’être douleur.

Et elle avança le saladier. 

chapitre 3 part 7

De toute évidence, les écrivains et scénaristes d’histoires fantastiques n’étaient, en général, pas si éloignés de la réalité (enfin de celle que j’avais sous les yeux). Si j’étais entourée d’espèces sorties des profondeurs pour certains ou de mutants qui se seraient civilisés en même temps, alors que les humains avaient pris, seuls, les commandes sur Terre; le résultat de leur évolution était finalement assez proche de la notre. Pour certains, une toile plus ou moins fine, bref, un vêtement avait remplacé la fourrure. De toute évidence la nuit à la belle étoile ou dans un terrier avait ici aussi cédé la place à des habitations composées de bois et de métal. En y réfléchissant, il n’y avait pas non plus trente-six solutions pour être à l’abri du temps si on décrétait de ne plus creuser la terre ou un arbre, cela s’appliquant pour tout un tas d’autres choses dans cet autre monde de par ces caractéristiques géologiques et climatiques, à première vue, très proches voir identiques aux nôtres.

Nous nous sommes donc arrêtés devant une porte métallique pivotant, de taille « humaine ». Le bonhomme nous dit qu’il avait à faire et que nous n’avions donc qu’à faire comme d’habitude, nos amis nous attendant au fond de l’auberge. Sar poussa la porte. Un nuage noirâtre nous enveloppa dans un courant d’air. Je n’eus pas le temps de retenir ma respiration, aspirant les effluves nauséabondes qui s’échappaient de notre futur logis. Arrrgh… Je rentre pas là’dans ! Qu’est qu’ils ont bien pu faire cramer dans cette piole pour que ça pu autant ?

Sar et Ka entrèrent sans montrer le moindre signe de gène. J’étais rassurée de voir cependant que le monstre blanc paraissait également écœuré, mais il se contenta de grogner avant de pénétrer dans le nuage qui semblait ne pas pouvoir s’échapper du seuil de l’auberge.

Armant mon bras comme bouclier anti-odeur j’amorçais un pas en avant, dans la pénombre. Bon sang ce que la peau humaine peut sentir bon, même recouverte de sueur ! Ces êtres sont finalement plus proches des animaux que je ne l’aurais pensé. Je me demande si je risque pas plus ma vie à respirer cette infection qu’à être la proie des habitants de ce patelin.

Nous sommes donc tous entrés dans une sombre auberge dont les hôtes étaient éclairés par cette sorte de plaque lumineuse que mes compagnons possédaient également, mais qui ici, n’avaient pas dû être lavées depuis un baie.

Avec un champs de vision réduit au minimum entre mes paupières crispées contre l’éventuelles attaque du nuage et mon bras, je me heurtais au dos de Cétos répondit à cet affront par un grognement. Je lui aurais bien rétorqué une réplique cinglante pour s’être brutalement arrêté devant moi alors qu’on y voyait presque rien dans ce cloaque, mais je préférais garder mon souffle et limiter au maximum de respirer. Me penchant pour voir ce qui se passait et balayant l’air de l’autre main comme si ça pouvait améliorer la visibilité, je constatais que nous faisions face à un autre mastodonte. De là où je me trouvais, il ressemblait fort à un gorille, pas un mec poilu, non un vrai gorille dans une version remasterisé de « bébé King Kong ».

- Pas d’arme ici.

Bonjour l’amabilité. Où a-t-il vu des armes d’abord ?  

Sar ne sembla pas offusqué de cette demande, mais ce n’est pas tant cela qui m’étonna que le fait qu’il ôta sa cape et la tendit au gorille. Ka l’imita. Hum, pas le droit de porter un manteau ? Voilà qui est original ! A moins que Sar et Ka ne connaissent la technique du manteau tueur que je croyais être la seule à maîtriser ! Cétos passa simplement devant le gorille sous son immonde forme naturelle et je pensais bien faire de même sous ma superbe apparence humaine lorsque mon cousin primate m’attrapa le bras. Je me mis à crier sous la douleur qui foudroya soudain de mon bras gauche que le primate semblait penser être capable de plier dans l’autre sens.

- Pas d’arme.

- Mais…j’ai pas d’arme…

- Que se passe-t-il ?

Sar me regardait comme si j’avais la réponse. J’avais les joues trempées de larmes et le bras sur le point d’être démantibulé et il me regardait moi !

- Elle est armée. J’ai dit pas d’arme.

- J’ai pas d’arme, j’ai pas d’arme…

Je me frappais la cuisse avec ma main libre dans le vain espoir de dévier mon attention de la douleur.

- Déshabillez-vous. Cracha le gorille

Je n’en croyais pas oreilles. J’ai regardé Sar en le suppliant de m’aider.

- Emmenez-la derrière, il n’est pas nécessaire de faire ça devant tout le monde. Quand à vous – Sar se tourna vers moi – faites ce qu’il dit.

Je n’eus pas le temps de répliquer d’avantage que je dû abaisser les genoux suffisamment pour que mon corps suive mon bras avant qu’il n’en soit arraché. Le gorille lâcha mon bras qui retomba, inerte. Il arracha ma robe d’un seul de ces horribles doigts. J’hurlais et pleurais plus fort lorsqu’il me fis tomber du sphire en déchirant le pantalon de toile. Je me sentais comme une fourmie entre les mains d’un gamin sadique. D’une main, il me bascula d’un côté puis de l’autre, à la recherche de quelque chose que je ne possédais pas. Ka arriva en courrant et frappa le bras du primate.

- Laissez-là. Vous voyez bien qu’elle n’a pas d’arme.

Je me recroquevillais dans ses bras, choquée et tremblante. Mes yeux croisèrent ceux de Sar et se remplirent d’autant de larmes que la tristesse pouvait en fournir face à la froideur de cet homme.

Ka appela Cétos et lui ordonna de me porter à l’étage. Pour la première fois, j’entendis sa voix empreinte de colère. Cétos m’attrapa et me porta à l’intérieur. Il monta des marches de terre soulevant la poussière. Ka le suivit et veilla à ce qu’il me dépose délicatement sur un lit de feuilles. J’étais trop choquée pour ressentir encore la douleur de mon bras. Je fixais la poutre de bois qui me faisait face. Ka et Cétos sortirent de la chambre. J’entendis une dispute sans y en comprendre les paroles. Quelques minutes plus tard, Ka revint avec un bol en bois rempli d’eau et un autre de bouillon où nageaient quelques morceaux de viande séchée. Elle m’entoura d’une sorte de drap rugueux et me fit avaler les deux bols.

- Dormez maintenant. Tout va bien.

J’ai dû suivre son conseil car je me souviens de m’être éveillée, entourée d’êtres endormis sur d’autres lits de feuilles. Il y avait six corps dont le souffle réchauffait le long dortoir. Je reconnus trois d’entre eux. Ils dormaient tous paisiblement. À cet instant, j’aurais voulu que le gorille ai raison. J’aurais voulu posséder une arme, n’importe laquelle, tant qu’elle faisait mal. J’ai attrapé le sphire qu’ils avaient si gentiment remis près de moi. Toute l’auberge, toute la ville semblait dormir car je n’attendais que le crépitement des feuilles sous le mouvement des corps. Je suis descendue et j’ai ouvert la porte de l’auberge aussi silencieusement que faire se peut. L’air frais du soir à empli mes poumons. Je n’avais qu’un simple drap sur moi, mais il faisait étonnement chaud. J’ai traversé la ville par le chemin que nous avions emprunté quelques heures plus tôt jusqu’à me retrouver nez à nez avec le mur. Sa hauteur m’avait impressionnée, mais j’étais assise sur une soucoupe volante, alors finalement peu importait la hauteur. Qu’est-ce que c’est que cette protection si les êtres de ce monde pouvaient voler de leurs propres ailes ou d’une autre façon ? J’ai élevé les genoux et le sphire m’a soulevé. J’allais être atteindre le haut du mur lorsque ma tête heurta violemment quelque chose. Tâtonnant au-dessus de moi, je ne pus que constater que ces êtres n’étaient pas aussi stupides que je l’avais pensé. Un plafond transparent identique à celui de la maison sur le bord de la mer chapeautait le mur. Regardant autour de moi, je repensais à l’homme qui s’était penché lorsque nous avions annoncé notre présence. Par où avait-il pu passé la tête ? Le mur restait parfaitement opaque et lisse, sans le moindre signe de perforation. Je commençais à fatiguer et il me fallut redescendre. J’allais devoir trouver un autre moyen de sortir d’ici. Regardant le ciel étoilé de l’autre côté de ce fichu plafond, je me trouvais stupide de m’être fait avoir comme une bleue. J’étais telle une souris trop gourmande et naïve pour ne pas s’apercevoir qu’elle m’était les pieds en plein dans un piège. Encore heureux qu’il ne se fut s’agit que d’une cage et non d’un de ces pièges qui vous arrache la patte avant de vous faire mourir de faim et de soif si ce n’est d’hémorragie.

J’ai parcouru la ville de long en large toute la nuit. Elle n’était pas aussi grande que je ne l’avais cru de l’extérieur mais elle était pareille à une boîte de conserve : étanche et sans issue. J’avais beau poser mes mains partout sur le mur, en me concentrant ou non, en invoquant n’importe quel dieu de bien vouloir m’ouvrir, rien ne bougea. Je finis par m’endormir dans ce qui ressemblait à un casier de bois que je retournais sur moi, derrière une maison, tout près du mur. Ma seule chance de sortir serait d’attendre que quelqu’un entre ou sorte par cette porte que j’avais été incapable de faire apparaître.

Recroquevillée dans ma caisse, nue comme un ver, je remontais le drap sur mes épaules et approchais le sphire de moi comme mon plus précieux doudou. J’ignorais ce qu’il allait advenir de moi, s’il me serait possible de survivre hors de ces murs et sans protection, mais l’échauffement dans mon bras gauche me rappelait qu’ici je n’étais pas plus en sécurité ici. J’ai fermé les yeux et me suis endormie. 

chapitre 3 part 6

Ce jour-là, cette porte ne s’ouvrit pas seulement sur une ville, elle mis fin à tout espoir d’être encore sur terre, dans un monde « normal », peuplé d’un certain, mais néanmoins très important, nombre d’humains. J’avais rencontré deux êtres qui ne devaient pas être bien humains mais que je pouvais facilement identifier comme des originaux avec un deltaplane planté dans le dos. Lorsque Cétos était apparu l’idée de divaguer avait succédé à celle d’être en plein rêve, mais si j’étais folle qui pouvais-je ? Seulement face à moi, ma dernière théorie tomba à son tour. Il n’était plus question de délire car aucun esprit ne pouvait inventer d’aussi innombrables « choses » délirantes en un même instant. Face un moi, une ville, certes, mais peuplée d’êtres aux formes et couleurs indescriptibles. C’était comme si j’étais tombée dans cet épisode de Star Wars lorsque Obi Wan et le jeune Skywalker vont trouver Han Solo. Pas de voitures volantes, pas de paysage désertique mais toutes sortes d’êtres qu’un humain aurait qualifiés de bestioles sur Terre mais qu’il m’était impossible de dénommer autrement que par le terme « d’individus civilisés ». Peut-être est-il utile de préciser qu’à l’heure des faits, j’avais connaissance de la trilogie de Lucas, mais qu’il ne m’avait encore jamais été donné de la voir. Oui, oui je sais que c’est honteux mais si aujourd’hui je peux faire la comparaison c’est que j’ai remédié à cette tare.

 J’étais figée sur ce spectacle hallucinant ne sachant si je devais pleurer ou en être émerveillée. Je n’étais plus sur Terre, il était impossible que je le fusse, alors au bord des larmes, j’ai du m’avoué : T’es mal barrée ma vieille ! La Terre n’est pas la planète que tes pieds foulent, à moins que le siècle de ta naissance soit loin derrière toi. Un cri retentit interrompant ma chute dans le désespoir. Tournant la tête et élevant le menton assez pour que mon crâne touche mes cervicales, je vis un géant, un vrai, deux ou trois fois plus grand que mes compagnons. Le teint cadavérique et quatre paires yeux en plein milieu du visage, il venait de prendre connaissance des nouveaux venus. Archétype du colosse sans cervelle, il sembla que ses yeux s’apprêtaient à se jeter hors de ces huit orbites pour se jeter sur nous.

- Chevalier Sar…

Il se retourna brusquement et se mit à courir en criant de plus belle. Le léger sourire de Sar m’indiqua qu’une réaction de joie et non une peur irrationnelle avait fait fuir un être trois fois plus fort que nous, enfin que mes camarades armés.

Le sol tremblait chaque fois que le géant s’abattait sur le sol pour reprendre de l’élan et sauter plus loin, annonçant notre arrivée.

Certes, Sar avait belle allure et la maison dans laquelle je m’étais éveillée était d’apparence luxueuse, mais le dépouillement de tout artifice de l’un comme de l’autre ne m’avait en rien mis sur la voie que je me trouvais face à une véritable célébrité.

Finalement, comme toute star d’ailleurs ou d’ici, une foule de curieux et d’admirateurs se rassembla et dévisagea Sar, suivis de ses fidèles acolytes, Ka et Cétos. Je restais légèrement en retrait, observant les êtres qui m’entouraient avec leurs yeux, ou ce que je supposais être leurs yeux, écarquillés. J’aurais pu me sentir flattée de me trouver à leurs côtés, j’aurais pu parader pour la simple raison que je les accompagnais, mais il m’était impossible de ne pas remarquer que chaque fois que les regards se posaient enfin sur moi, il n’était plus question d’admiration, je dirais même plus, leur mépris m’atteignait comme des piques acérées suggérant l’envie viscérale d’un lynchage public. Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Je leur ai rien fait que je sache ? Super, si c’est là que je vais devoir rester jusqu’à ce que je trouve un moyen de rentrer, je sens que ça va être une partie de plaisir que de côtoyer ces gens, enfin ces…trucs qui me regardent comme si j’étais le pire dictateur de ce monde et que j’avais fait exécuter la moitié du village. Croient-ils vraiment que je serais assez bête pour me présenter comme une fleur et complètement désarmée devant eux ? Quand je pense que je me croyais mal barrée d’être dans un monde inconnu, songeant plus à la nourriture et au climat qu’à autre chose, et qui finalement ai commencé à être rassurée par ce que j’ai vu ; finalement ce sont les habitants de ce monde qui vont être les plus durs à appréhender. 

La petite troupe s’arrêta brusquement. Un petit bonhomme s’était planté devant nous. S’il n’avait pas eu le visage à l’envers, il aurait tout eu d’un humain. Il devait m’arriver à hauteur du nombril et affichait un visage de profonde tristesse enfin du moins était-ce ma première impression, puisqu’il m’était impossible de voir ce visage autrement qu’en basculant le mien. Je reculais malgré moi, tout en écrasant une patte, lorsque son cou s’allongea à la E.T. et que son visage pivota à 180 degrés. Le grognement du propriétaire de la dite patte, me ramena vite auprès de mes compagnons de voyage, prête à parer, les  mains tremblantes, à l’attaque de l’extraterrestre qui me faisait face ou de l’être, dans mon dos dont je préférais ne pas croisé le regard de peur de reculer de nouveau sur les pattes d’un plus féroce encore. Ka se retourna vers ce dernier qui cessa de grogner immédiatement. Quant à l’extraterrestre, il avait croisé les bras sur sa poitrine et collait son front à celui de Sar dans un : « les soleils te sourient ».

Il fit de même avec Cétos et Ka et m’évita soigneusement.

Je l’aurais sûrement mal pris en d’autres circonstances, mais si E.T. avait l’air fort sympathique à la télévision, je ne me sentais pas encore assez courageuse pour entrer en contact avec son semblable dans l’immédiat.

- Vos compagnons vous attendent à l’auberge. Indiqua-t-il avant de se retourner et de montrer le chemin.

Je tapotai le bras de Ka et m’élevais à la hauteur de son visage.

- Est-ce que je vous accompagne ou y’a-t-il un endroit où je puisse aller en attendant ?

- Vous venez avec nous, à moins que vous ne préféreriez qu’on vous laisse aux bons soins de cette foule qui…ne vous aime pas.

Ha bon, j’avais pas remarqué ! Ai-je dis : je reste dehors, allez-y ? Non j’ai demand é si je pouvais pas aller ailleurs, sous entendu loin de ces…individus !

- Si je pouvais vivre encore un peu, je préfèrerais. Précisais-je.

- Dans ce cas, suivez-nous. Vous n’aurez pas de problèmes tant que vous êtes avec nous.

Je me redressais soudain. On venait de m’annonce que j’avais trois gardes du corps pour moi toute seule. Certes, qui dit garde du corps, dit menace imminente, mais au point où j’en étais mieux valait prendre les choses positivement.

La foule se décida enfin à s’éparpiller lorsqu’elle compris qu’il n’y aurait pas de séance de dédicaces aujourd’hui. J’étais, de mon côté, assez impatiente de savoir pour quelle raison mes compagnons été aussi réputés, car Sar n’était finalement pas le seul qui soulevait les foules, il était évident que Ka et même cet imbécile de Rat et sans doute ceux qui nous attendaient à l’auberge, étaient tout aussi reconnus. C’est peut-être un super groupe de rock, ils ont sorti un nouveau CD y’a pas longtemps. Bon, les missionnaires, c’est un peu pourri comme nom de groupe… ho mon dieu c’est un groupe de rock catho !Ca ça risque d’être marrant ! Décidément je suis pas au bout mes surprises.

J’ai secoué la tête en souriant de cette histoire à dormir debout et je me suis lancée à la suite de mon groupe de musicos méga connus. 

samedi 3 mai 2008

chapitre 3 part 5

On me bousculait l’épaule. L’odeur de la mousse imbibée d’humidité me monta au nez. Un frisson me parcouru le corps et j’entrouvris des yeux globuleux où s’infiltra une lumière matinale.
- Nous partons.
J’entendis la voix de Ka, mais ses paroles ne parvinrent pas tout de suite à mon esprit encore endormi. Je sursautai soudain lorsque le message percuta mon cerveau et que je sentis mon corps être découvert. Frottant mes yeux, je vis Sar ajuster sa cape.
Le réveil était rapide et brutal, mais il eu l’avantage d’être efficace. En deux temps, trois mouvement j’étais plantée sur mon sphire à un mètre du sol prête pour une randonnée de longue durée.
J’avais la chair de poule et espérais que le soleil réchaufferait bientôt l’atmosphère humide de la forêt. Cétos et Sar avançaient en tête, Ka les suivait en se retournant régulièrement pour voir ou j’en étais.
Bon sang, ils dorment pas, ils mangent pas, même avant une marche pareille, mais moi, je vais tomber dans les pommes vite fait, les gars, c’est moi qui vous le dit.
On avança pendant des heures, sans s’arrêter. Je n’aurais sans doute pas tenue la cadence sur mes deux pieds, et même assise sur mon siège Ka devint rapidement aussi petite qu’une fillette de dix ans.
J’avais faim, j’en avais marre d’avancer sans connaître, voir ni même connaître le bout de la course, et j’avais tellement faim. On peut pas s’arrêter, s’vous plaît… Je me mis à geindre intérieurement puis mon ventre se tordit assez pour que mes plaintes sortent de ma bouche dans des râles incompréhensibles sauf pour un autre affamé.
Focalisée sur ma faim, mon attention s’était dissipée. Lorsque je levai enfin les yeux pour rechercher Ka dans les branchages les plus éloignés, elle avait disparu. Je tournais sur moi-même, tendais le cou, plissais les yeux. Plus vite qu’un gamin sans sa mère, je paniquais. Une branche me lacéra la joue droite, une ronce eue raison de mon pantalon en voile fin et de ma peau blanchâtre. Mes genoux basculaient de plus en plus en avant. Le vent sifflait à mes oreilles, régulièrement happé par les arbres, éparpillés tout autour. Merde, merde, merde, mais où ils sont passés ? C’est pas vrai, ils pouvaient pas m’attendre trente secondes ? Bandes de… Une lumière m’aveugla. Je m’arrêtai net. Mon nez respira un air légèrement différent. Je dégageais lentement mon avant-bras de devant mon visage. Peu à peu le voile devant mes yeux blanc s’estompa. Ka apparu en haut d’une petite butte. Elle semblait m’attendre avec cette sérénité qui m’étais totalement incompréhensible. Lorsque j’arrivai à son niveau, elle se retourna et repris sa route avec légèreté. En contrebas, Sar et le monstre ne nous avaient pas attendu et poursuivaient leur route le long d’un sentier.
Nous avions dépassé la forêt et s’étendaient à présent devant nous, des champs à perte de vue. Impossible de savoir ce qu’ils pouvaient cultiver ici, ce n’était que des parcelles d’herbe pour l’heure. Au loin, je distinguais cependant ce qui avait tout l’air d’être des remparts. Était-ce là notre destination ? Je priais pour que ça le fusse en suivant tant bien que mal la géante qui me précédait de nouveau d’une bonne dizaine de mètres.
Plus nous nous rapprochions et plus le mur prenait de la hauteur. Soudain le chemin était stoppé net au pied de l’enceinte. Cette fois Sar et Cétos nous attendaient. Au sortir de la forêt il m’étaist apparu évident qu’il s’agissait d’une enceinte, mais maintenant que j’étais au pied du mur (sans jeu de mots aucun), le mur semblait marquer une frontière sans extrémité visible. Il devait bien mesurer dans les 20 mètres de hauts, même les géants qui m’accompagnaient n’auraient pas pu le franchir, enfin s’ils n’avaient pas une paire d’ailes planquée dans le dos, bien sûr. Ce que je remarquais cependant, c’était qu’il était en métal et à l’image du sol et des murs de la maison d’où nous venions, il était entièrement gravé. C’était impressionnant même si je n’avais aucune idée de ce qui pouvait bien y avoir écrit. Menaces ? Blabla ? Légendes ? Mais la vraie question qui se posait à cet instant était : Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On longe les murs ?
J’avais décidé de tirer un trait sur mon idée de ce qu’était le réel alors lorsque par une simple imposition de la main Sar provoqua une sorte de grognement du mur genre ronron de chat version agressif, je n’écarquillais même pas les yeux. Il répéta encore deux fois l’opération avant qu’un homme ne se penche par-dessus le mur et nous observe assez longtemps pour que j’ai le temps de baisser de 5cm de hauteur, sous la fatigue de l’attente. Bon, c’est bon là tu nous as bien regardé, eux d’accord ils ont des têtes bizarres mais bon j’ai pas une tête de délinquante moi, je me porte cotions si tu veux. Ouvreeeee !
Soudain, miracle, une explosion étouffée dans le mur fit apparaître trois fissures nettes. Une porte venait d’être créée ou du moins mis à disposition et dévoilée à nos yeux. Le grincement qui accompagna son ouverture brisa quelque peu l’idée de haute technologie ultra moderne qui avait jailli quelques secondes plus tôt dans mon esprit.

chapitre 3 part 4

Lorsque je me suis redressée encore légèrement embrumée, les regards se sont tournés vers moi. Bon sang, quelle heure est-il ? Ils sont déjà debout ? J’ai l’impression d’avoir dormi deux heures à peine ? Qu’est-ce… Ma main agrippa une cape qui me recouvrait jusqu’aux pieds. Sar n’avait pas la sienne sur les épaules, arborant une tenue identique à celle de Ka et moi, mais dans des tons plus « masculins », bruns. Ce type est vraiment bizarre. Je n’arrivais pas à le saisir. D’un côté il me sauvait la vie et me protégeait du froid sans rien dire, d’un autre il se montrait horriblement froid et distant, suspicieux et méfiant à mon égard comme s’il pensait que je cachais quelque chose de potentiellement dangereux pour eux. Je pouvais comprendre le dernier point avec ce qui c’était passé avec Ka mais je ne savais pas comment le lui faire oublier, et puis Ka semblait m’avoir pardonnée alors pourquoi pas lui ?
Levant les yeux vers la cime des arbres, je constatais dépitée, que j’avais sans doute raison sur mon temps de sommeil, je n’avais pas dormis plus de quelques heures à la vue du ciel toujours pétillant d’étoiles. Je n’étais pas vraiment fatiguée et mes muscles semblaient s’être assez reposer pour me permettre de « voler » de nouveau. Détournant mon regard du ciel pour le reposer sur le cercle d’êtres éveillés, dont les visages pâles étaient éclairés par une lumière trop blanche pour qu’il s’agisse d’un feu. Devais-je me joindre au groupe ou rester à ma place et tenter de me rendormir ? Comme les visages se retournèrent vers la lumière, je compris que je n’étais pas conviée. Je reposai donc la tête sur mon lit de feuilles mortes et fermai les yeux.
Plongée dans le noir, je me laissais voguer vers le sommeil. Soudain une flamme frappa ma joue. Je me redressai le souffle cours, les yeux écarquillés. Je vis la forêt, toujours baignée dans l’obscurité. Mes compagnons de voyage tournèrent la tête vers moi sans plus d’émotion que précédemment. Les voir assis aussi tranquilles qu’un chat vaguement réveillé de sa sieste par une caresse, me ramena sur terre. Ma respiration ralentit peu à peu. Je pris le sphire et m’invitai dans le cercle. La source lumineuse était une simple plaque carrée de 5mm d’épaisseur à peine et d’une vingtaine de centièmes de côté. La lumière qui s’en échappait était blanche, trop blanche pour mes yeux exceptionnellement sensibles. Ma main lui fit ombrage jusqu’à ce que je m’y adapte.
- Vous permettez…
Je n’attendis pas vraiment qu’on m’autorise quoi que ce soit. J’avais eu peur et j’avais besoin d’être rassurée par une présence même s’il devait s’agir d’un grand obscure, un monstre ou d’une fille gentille mais bizarre.
Personne ne me demanda ce qui m’avait réveillé, d’ailleurs plus personne ne prononça un seul mot depuis l’instant où mes fesses s’étaient posées entre celles de Ka et de Sar.
- Pardon, c’est juste que…
À quoi bon poursuivre ma phrase de toute évidence ça ne les intéressait pas, mais cela relança tout de même leur conversation.
- Pourquoi ne pas filer tout droit à Zague au lieu de faire un détour par Cia ? Ne connaissaient-ils plus le chemin.
- Je ne tiens pas à traverser le nord de Matarone sans eux, surtout avec…
Sar dirigea discrètement son regard sur moi avant de continuer.
- On a toutes les chances de se faire attaquer et je ne tiens pas à ce qu’une moitié des missionnaires seulement arrive à Zague. Nous ne serons pas de trop, si nous sommes au complet.
- Tu comptes vraiment emmener Triton ? S’inquiéta Ka
De qui parle-t-elle donc ? Est-ce d’un lézard, d’un quelconque animal ou d’une personne dont les parents étaient des écolos et en panne d’inspiration le jour de sa naissance ?
- Il est jeune et inexpérimenté, je le reconnais, mais il ne nous laissera pas partir sans lui. De plus il sera bientôt ton apprenti, tu pourras déjà commencer à lui enseigner certaines de tes connaissances sur le chemin.
- Crois-tu donc que je me fais vieille ?
Pour la première fois il me sembla lire sur le visage du morose géant, l’esquisse d’un sourire.
- Tu l’es déjà depuis longtemps.
Le monstre se mit à grogner. De toute évidence il n’appréciait pas la plaisanterie. Il est vraiment trop con alors, ça ne s’adresse même pas à lui. Ka lui caressa la joue et il se calma. Vraiment, un pur macho, dans toute sa splendeur !
- J’espère que vous pourrez suivre. Je pensais m’arrêter plus loin et plus tard aujourd’hui…
Sar me regardait sans que je sache que j’arrive à déterminer s’il s’agissait d’un reproche ou d’une gentille inquiétude quand à mon état physique.
- Je ferais de mon mieux. Si je vous ralentis sachez que c’est bien malgré moi.
À ces mots j’entendis la bête renifler avec dédain mais je fixai Sar pour ne pas perdre le fil de ce que je voulais dire bien que l’envie d’étriper cet être immonde crispait mes points.
- J’ignore où je suis mais de toute évidence vous avez quelque chose sur le feu, un rendez-vous important. Vous m’avez aidé et je vous en remercie, mais je ne veux pas vous causer de problèmes. Je vous suivrais comme je pourrais demain mais vous n’avez pas à vous occuper de moi plus longtemps. Je comprendrais que vous ne m’attendiez pas. Je trouverais bien une route et comme toutes les routes mènent à Rome… enfin, je me débrouillerais.
- Il est trop dangereux de rester seule ici ! Me dit la jeune femme stupéfaite que je puisse même y songer.
- Nous vous porterons s’il le faut mais vous viendrez avec nous jusqu’à Zague. Hélandile voudra vous voir et je vous conduirais à Gessir, il saura sûrement vous aider pour vous ramener chez vous.
J’ignorais totalement de qui il parlait mais ça n’importait pas, je ferais comme il disait.
- Allez donc vous recoucher. Vous autres avez besoin de sommeil. Nous vous réveillerons quand nous partirons.
Vous autres ? Ok, je dois le prendre comment ? Qui êtes-vous pour me considérer comme « autre » ?
- Et vous, vous ne dormez pas ?
Personne ne me répondit, ce devait être une manie chez eux de ne pas répondre, mais tout de même ça devenait agaçant. Au lieu de ça, la bête se leva sur ses deux pieds d’homme et annonça qu’il partait chasser. On le vit disparaître sous les traits de la répugnante créature au pelage blanc dans l’obscurité de la forêt. Il croit vraiment qu’il va attraper quelque chose avec un camouflage pareil ?
Cette histoire de métamorphose me dérangeait, bien sûr, mais de toute évidence quelque chose n’allait pas dans ma tête, depuis peu. J’avais beau chercher une trace de trauma crânien je n’avais rien senti. Je supposais donc que mes hallucinations venaient des substances qu’ils n’avaient fait ingurgiter ou qu’ils m’avaient injectée. Les effets ne dureraient pas. Mieux valait que je dorme, le con redeviendrait sûrement sous la forme d’un simple con d’humain d’ici quelques temps. Je me recouvris de la cape et sombrais dans le sommeil, en agrippant mes avant-bras étonnement indolores malgré les multiples traumas endurés depuis mon arrivée ici.

chapitre 3 part 3

Lorsque je redressai la tête, ils étaient assis en cercle mastiquant quelque chose avec de grands mouvements de mâchoire. Sar m’a regardé. Il s’est levé et m’a soulevée puis déposée entre Ka et lui, face au monstre qui avait de nouveau à forme humaine. Il me foudroya une seconde puis détourna son regard dans un sourire pervers et moqueur.
- Tenez.
Ka me tendait un bout de tissu plié en quatre.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Du zinape. Mangez. Vous avez besoin de forces.
J’ouvris délicatement les pans du petit paquet, à peine plus grand que ma main. Il renfermait deux morceaux de viande séchée. Je n’avais pas vraiment eu le temps de me demander ce qu’ils pouvaient bien manger, ni même s’ils se nourrissaient d’une quelconque manière. Je n’avais même pas eu le temps de penser à ma propre faim. Tout juste l’avais-je ressentie l’espace d’un instant, avant d’être plaquée au sol par cette… chose, quelques minutes plus tôt.
Ils me regardaient tous comme des parents impatients de voir leur enfant avaler, seul, la première bouchée d’une nouvelle préparation « spéciale tout petit ». Dire que je me sentais seulement légèrement mal à l’aise serait mentir. Veulent ma photo ou quoi ? Je fronçais les sourcils mais de toute évidence ce signe ne voulaient rien dire pour eux.
- Mangez, mangez. Ne me regardez pas comme ça.
Ils détournèrent les yeux bien que la chose me fixa encore quelques secondes avec un léger sourire qui s’effaça lorsque je déchirai la viande avec mes crocs d’humaine et que j’avalai mon repas sans mot dire.
Lorsque je déglutis tous les regards se tournèrent de nouveau vers moi.
- Elle n’est pas humaine. Annonça la chose.
- Elle n’a pas le choix. Renchérit Sar.
- Un humain n’aurait jamais mangé ça.
Youhou, je suis là. Vous pouvez arrêter de faire comme si j’étais à l’autre bout de la forêt ? Imbécile, si y’en a bien un qui n’est pas humain ici c’est toi ! Punaise, ça fait du bien de manger. Continuez de parler, moi, je mange.
J’ai fini les deux morceaux de viande et j’ai redressé la tête en attendant la suite. Sar s’est levé, Ka et la chose l’ont imité. Le repas était fini.
- Tenez et faites-y attention cette fois. Nous n’en avons pas d’autre.
Sar me tendait le sphire. C’est bon c’est pas moi qui l’ai fait tomber, adressez-vous plutôt à l’autre imbécile ! J’ai pris le sphire, l’ai glissé sous mes fesses et j’ai levé les genoux. Une crampe atroce me foudroya l’abdomen. J’avais le visage figé dans cette expression de douleur qui vous déforme assez les traits pour que tout le monde comprenne autour de vous que là, c’est horrible, ça fait très, très mal. De toute évidence les expressions du visage n’étaient pas leur fort et leur traduction d’autant moins.
- J’ai une crampe, merde, saleté.
- Que vous arrive-t-il ? S’enquit la jeune femme.
- J’ai une crampe, j’vous dis ! Purée, ils comprennent vraiment rien ou quoi ? Je peux pas bouger.
J’étais toujours assise par terre recroquevillée en geignant tout en me balançant légèrement d’avant en arrière comme si ça pouvait faire quelque chose.
- C’est la nourriture. C’est bien une humaine finalement. Elle est aussi stupide que les autres.
Je relevai la tête furieuse et lui hurlais :
- J’ai pas une crampe d’estomac Imbécile, j’ai une crampe tout court. Si vous m’aviez pas foutu par terre j’aurais pas mal comme ça.
Je l’entendis grogner, mais Sar plaqua sa main sur le torse de la chose pour lui sommer de se calmer. Ka se plia en quatre pour se rapprocher du sol.
- Que pouvons-nous faire ?
- Ca va passer, laissez-moi juste une minute.
Au même moment, mes muscles se relâchaient. Je me dépliai lentement et après deux ou trois grandes inspirations je me décidais à relever les genoux.
- Ca va ? S’inquiéta Ka
- Oui, c’est bon. On peut y aller.
Je me tournais vers Sar qui se contenta de faire un demi-tour sur lui-même et de reprendre la marche. Cétos le suivis de près puis Ka et moi en dernier.
Je m’efforçais de tenir la cadence mais les deux maigres morceaux de viande séchée n’avaient fait que ranimer ma faim. Mon ventre décida alors de joue l’hymne de la faim, sans s’interrompre une minute.
D’abord surprise Ka finit par ne plus y faire attention et ne tourna plus la tête quand le chant s’amplifiait. Lorsque le bruit l’avait fait sursauter et mettre sa main sur un poignard que je ne lui savais pas posséder, elle répondit l’air embêté, qu’il ne lui restait que ces quelques morceaux de viande, qu’il avait fallu partager avec Cétos et moi. Je comprenais alors que si leur ventre n’émettait aucun son suggestif, ils devaient avoir faim eux aussi.
Je tentai donc moi aussi, de détacher mon esprit de la faim, sans grand succès, croisant les doigts pour que notre destination ne se trouve pas à plusieurs jours de là.
Lorsque Sar s’arrêta soudain dans une clairière, je le regardais sans savoir si j’espérais qu’il dirait stop ou que nous n’étions plus très loin, tant mon ventre et mes cuisses me brûlaient. Je suivis son regard vers la cime des arbres et m’apperçus avec surprise et surtout un peu d’effroi, qu’il faisait nuit. On distinguait parfaitement les étoiles entre les hautes branches. Ce qui m’inquiétait c’était de constater que bien qu’il fit nuit, je voyais parfaitement clair. J’avais déjà remarqué, en plein jour, que je voyais nettement moins pour ne pas dire net tout court, bien que je fusse myope et sans lunette. J’aurais sans doute pu trouver une explication quelconque à ce phénomène particulier, mais voir de nuit presque comme en plein jour. Là, les choses devenaient plutôt inquiétantes.
Rabattant mon regard vers mes compagnons de voyage, je constatai qu’ils étaient tous trois allongés parterre, la tête posée, les yeux clos. Cétos avait pris Ka dans ses bras. Il m’aurait presque parût sympathique à ce moment là, mais je le vis soudain prendre son horrible apparence de bête, son museau frôlant la joue de Ka comme un loup renifle une biche dont il vient de faire sa proie. Me tournant vers Sar, je croisais son regard et sentis aussitôt un frisson me parcourir le dos. La bête me dégoûtait, mais Sar, c’était autre chose. Je savais qu’il ne me ferais pas de mal, même si j’ignorais pourquoi, mais son regard semblait chaque fois me transpercer comme une flèche lâchée avec force et précision. Il cherchait quelque chose et me surveillait.
Je m’assis à l’écart, jouant des coudes pour que mes pieds se posent le plus délicatement possible sur le sol. Le sphire était trop dur pour pouvoir servir d’oreiller, mais je le plaçais tout de même sous ma tête recouvert d’une couche de feuilles mortes. J’avais la vague sensation qu’il ne me serait ainsi pas retiré si facilement. Je ne voyais pas pourquoi on me le prendrait, mais il m’était impossible, pour l’heure, d’avoir une totale confiance en ces êtres qui me conduisaient on ne sait où.
La fatigue eu raison de moi rapidement, sans que j’eus le temps de réfléchir à tout ce qui venait de se passer, ou à tout autre chose. Je me souviens seulement d’avoir frissonné un instant et l’instant d’après de mettre endormi au chaud.

chapitre 3 part 2

Lorsque nous dépassâmes l’emplacement, nous faisions face au poumon vert de ce continent.
Le chemin sillonnait à travers les arbres et nous avons pénétré dans l’immensité ombragée de la forêt de Matarone.
De toute évidence cette forêt ressemblait à n’importe quelle forêt « tempérée » : des arbres, des sortes de fougères, des mousses.
Sar menait la marche à vive allure. C’était à peine si ses pieds touchaient le sol. Il allait s’avérer quelques temps plus tard ils ne touchaient effectivement pas le sol lorsqu’ils marchaient rapidement ou courraient, mais dans cette forêt où le terme de sentier n’était qu’une illusion, je ne m’en rendis pas compte. J’étais concentrée sur mon propre mode de transport. Le sphire tenait la cadence si je basculais les genoux suffisamment en avant, mais cette position s’avérait beaucoup plus fatigante que je ne l’aurais imaginée. Je pus cependant constater, presque étonnée, que de tout évidence, j’avais des abdominaux planqués quelque part sous la peau de mon ventre.
La végétation filtrait la lumière comme une gigantesque passoire, laissant filer des rais de lumière. Ka se fondait dans la végétation. Seules les parties dénudées et blanchâtres de son corps la trahissait dans le fond verdoyant. Sar s’était enveloppé d’une cape brune dont il avait remonté la capuche. Je suivais donc Ka, ne distinguant de Sar que son nez lorsqu’il se retournait vers nous, sans doute pour savoir si j’étais toujours là.
Les heures passaient et la distance qui me séparait de Ka grandissait minute après minute. La fatigue, la faim, se faisaient ressentir mais je ne me croyais pas en droit de demander quoi que ce soit.
Brusquement je me sentis projetée à plusieurs mètres de mon sphire. Mon bras droit frappa violemment le tronc d’un arbre avant que je ne sois rabattu au sol. J’étais trop sonnée pour réagir sur le coup mais lorsque mon regard croisa celui de la bête aux crocs ensanglantés, je me redressai assez pour ramper le plus vite que je pus loin d’elle. C’était un loup, non un rat géant. C’était un monstre et j’étais une proie acculée contre un tronc d’arbre, incapable de courir pour m’échapper, pas même de crier à l’aide. Ces yeux étaient d’un rouge flamboyant semblant chercher à m’écorcher vive. Il fit un pas en avant lorsque :
- Cétos, laisse-la.
La bête s’arrêta sur-le-champ et tourna la tête vers Sar qui apparu dans un rai de lumière. La bête avala la salive qui dégoulinait de son énorme gueule. Sa tête dévia légèrement et Ka bondit sur l’animal.
- Cétos.
On aurait dit une gamine retrouvant son chien fidèle après une longue absence. L’animal s’assit. Je battis des paupières revenant de ma surprise et lorsque mon regard se rouvrit ce n’était pas une bête que Ka tenait dans ses bras mais un homme aux cheveux blancs et au teint plus pâle encore que le sien.
- Tu es en retard. Se plaignit-elle.
- C’est plutôt vous qui l’êtes, répondit-il dans un sourire.
Qu’est-ce que c’est que ça ? Ils se relevèrent et Sar s’avança vers eux. Croisant les bras sur sa poitrine il s’inclina :
- Les soleils te sourient Cétos.
L’autre l’imita. Ils se connaissent, c’est un ami… Mon cœur se calma peu à peu devant cette scène de retrouvailles. J’eus alors le malheur de vouloir rapprocher mes bras de mon corps pour me redresser. Je n’eus pas le temps de finir mon mouvement qu’une truffe humide et des crocs saillants frôlèrent soudain ma joue. Mon dieu, mon dieu. Enlevez cette chose de moi, pitié, pitié. Faites quelque chose. Je sentais son souffle chaud descendre sur mon cou. Sa salive coula le long de ma gorge. Il va m’bouffer, il va m’bouffer. !
- Laisse-la, elle est avec nous. Fit Sar d’un ton sec.
- C’est une humaine.
- Laisse-la. Repris Ka avec la douceur d’une mère calmant son enfant.
- Elle vous suivait.
Ce truc parle, mon dieu. Alors c’est comme ça que je devais mourir finalement ? Sar, Ka…s’il vous plaît…
- Elle nous accompagne. Je vais l’amener à Cia.
Ka s’approcha et posa doucement sa main sur la fourrure blanche et épaisse de la bête.
- Laisse-la Cétos.
Le rat-loup recula sans me quitter des yeux puis lorsqu’il fut revenu près de Sar, je le vis se redresser et prendre cette apparence presque humaine. Il veut me tuer. La colère m’emporta soudain, maintenant qu’il s’était écarté.
- Merde, ça va pas la tête ? Vous, vous, vous voulez me tuer, c’est ça ? Ben, ben allez- y ! C’est ce que je veux de toute façon. Allez-y.
Je bégayai de colère en montrant mon cou, les mains tremblement sous le coup de la peur et de l’énervement.
- Allez-y !
Ka se pencha vers moi et je sentis sa main brûlée se poser sur mon épaule. Elle me sourit :
- Calmez-vous. Cétos ne vous fera rien.
Elle se tourna vers Sar et lui demanda s’il pouvait me ramener le sphire. Je baissais les yeux pour détacher mon esprit de ce qui venait de se passer et reprendre mon calme. Je fis le vide dans mon esprit, concentrée sur le battement de mon cœur et le tremblement de mes mains que j’agrippai l’une dans l’autre.

chapitre 3 part 1

Missionnaires

Je ne sais pas combien de temps de suis restée en mode blocage, à divaguer en fixant le ciel, de nouveau clair. La fatigue a sans doute eu raison de moi ; et puis leurs voix sont peu à peu réapparues dans mon oreille. Ils évoquaient l’urgence de leur départ, le poids que ce serait de m’emmener et le danger que ce serait de me laisser ici, pour eux comme pour moi.
Je les entendais discuter sans vraiment saisir chacune de leurs paroles et je sentais le regard de Ka posé sur moi. Sar s’est approché du lit et a posé les poings à côté de moi. Il a posé son front sur le mien et a fermé les yeux. J’ai fermé les miens, apaisée par le poids de sa tête sur mon crâne.
Quelques minutes plus tard, il s’est relevé et j’ai ouvert les yeux. À cet instant, lorsque j’avais croisé le regard de Sar puis celui de Ka, je rendis les armes. Plus rien de ce qu’ils me diraient, plus rien de ce que je verrais ne m’étonnerait. Peu importerait que je sois dans un monde réel ou imaginaire, l’un comme l’autre, je n’en sortirais pas.
- Nous partons Phelve.
Les larmes se sont mises à couler le long de mes joues, mais à présent ce n’était ni des larmes de peurs ni de souffrance mais des larmes d’abdication. Je ressentais ce monde comme s’il était réel, il ne voulait pas me laisser partir. Je les suivrais où qu’ils me mèneraient.
Ka me dit que je devais m’habiller et déposa sur mon lit une autre tenue dans un camaïeu de pourpre tandis que la sienne arborait des tons bleus et verts.
Alors qu’elle m’aidait à m’habiller, je me tournai vers elle.
- Je suis désolée.
Elle ne répondit pas, mais son visage serein apaisa ce qui restait de mon esprit. Je savais que les mots ne suffiraient pas à effacer ce qui s’était passé. J’avais failli la tuer alors qu’elle m’avait sauvée la vie.
Lorsque je fus habillée, Ka me tendit le disque métallique.
- Tâchez de ne pas perdre celui-là.
Nous avons rejoint Sar à l’extérieur de la demeure. Ka balaya la porte d’entrée d’un geste de la main et j’entendis un clac comme si elle venait de fermer un verrou.
Nous avons pris un chemin qui descendait vers la falaise avant de contourner la parcelle d’herbe qui entourait la maison, sur la gauche. Je contemplai la mer du haut de mon sphire. Elle était calme. Nous avons longé la maison. Je ne parvins pas à décrocher mon regard de l’endroit où la terre avait été retournée. Je revis dans un frisson le regard fixe de Ka. Missionnaire

Je ne sais pas combien de temps de suis restée en mode blocage, à divaguer en fixant le ciel, de nouveau clair. La fatigue a sans doute eu raison de moi ; et puis leurs voix sont peu à peu réapparues dans mon oreille. Ils évoquaient l’urgence de leur départ, le poids que ce serait de m’emmener et le danger que ce serait de me laisser ici, pour eux comme pour moi.
Je les entendais discuter sans vraiment saisir chacune de leurs paroles et je sentais le regard de Ka posé sur moi. Sar s’est approché du lit et a posé les poings à côté de moi. Il a posé son front sur le mien et a fermé les yeux. J’ai fermé les miens, apaisée par le poids de sa tête sur mon crâne.
Quelques minutes plus tard, il s’est relevé et j’ai ouvert les yeux. À cet instant, lorsque j’avais croisé le regard de Sar puis celui de Ka, je rendis les armes. Plus rien de ce qu’ils me diraient, plus rien de ce que je verrais ne m’étonnerait. Peu importerait que je sois dans un monde réel ou imaginaire, l’un comme l’autre, je n’en sortirais pas.
- Nous partons Phelve.
Les larmes se sont mises à couler le long de mes joues, mais à présent ce n’était ni des larmes de peurs ni de souffrance mais des larmes d’abdication. Je ressentais ce monde comme s’il était réel, il ne voulait pas me laisser partir. Je les suivrais où qu’ils me mèneraient.
Ka me dit que je devais m’habiller et déposa sur mon lit une autre tenue dans un camaïeu de pourpre tandis que la sienne arborait des tons bleus et verts.
Alors qu’elle m’aidait à m’habiller, je me tournai vers elle.
- Je suis désolée.
Elle ne répondit pas, mais son visage serein apaisa ce qui restait de mon esprit. Je savais que les mots ne suffiraient pas à effacer ce qui s’était passé. J’avais failli la tuer alors qu’elle m’avait sauvée la vie.
Lorsque je fus habillée, Ka me tendit le disque métallique.
- Tâchez de ne pas perdre celui-là.
Nous avons rejoint Sar à l’extérieur de la demeure. Ka balaya la porte d’entrée d’un geste de la main et j’entendis un clac comme si elle venait de fermer un verrou.
Nous avons pris un chemin qui descendait vers la falaise avant de contourner la parcelle d’herbe qui entourait la maison, sur la gauche. Je contemplai la mer du haut de mon sphire. Elle était calme. Nous avons longé la maison. Je ne parvins pas à décrocher mon regard de l’endroit où la terre avait été retournée. Je revis dans un frisson le regard fixe de Ka.



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